Journées d’étude sur le thème "La production culturelle amazighe dans les médias"

Appel à communication

Journées d’étude  sur le thème : La production  culturelle  amazighe dans les médias : Entreprises, professionnels, circuits de distribution et réception.    

Projet coordonné par Dr. Hakim HAMZAOUI

Argumentaire :

La problématique  des industries culturelles a été soulevée et forgée dans le cadre de  l’Institut de Recherche Sociale  fondé en 1923 en Allemagne. C’est à Walter Benjamin que l’on doit l’initiation de  la réflexion autour du  phénomène de la reproduction mécanisée de la culture (Walter Benjamin : 1935). Il voit en cela, le facteur le plus sûr de la destruction de l’aura de l’œuvre, de la « dévaluation de son authenticité », pourtant la création demeure présente en amont du processus (Marc Hiver : 2010). S’inspirant du contexte américain des années 30 et le début des années 40, Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, deux figures marquantes  de cette École, analysent et  critiquent l’emploi de la culture, à des fins idéologiques, politiques, économiques et sa dévalorisation dans ce processus d’industrialisation. (Max Horkheimer et Theodor W. Adorno : 1944).  Pour eux, l’industrie culturelle, comme lieu d’accomplissement de la sérialisation, de la standardisation et de la division du travail, fixe de manière exemplaire la faille de la culture, sa chute dans la marchandise, la transformation de l’acte culturel en valeur, abolit sa puissance critique (Armand Mattelart : 1992 : 230). Depuis, ce phénomène marque de plus en plus les sociétés modernes. Il constitue de nos jours, l’une des branches les plus influentes dans l’économie des pays, grâce aux  géantes entreprises de productions  symboliques  dont l’influence sur les cultures nationales, dans tous les pays du globe, est remarquable. Aux Etats-Unis, les industries audiovisuelles  associent advertising et entertainment  (publicité et divertissement), ce qui incite les annonceurs à venir investir leurs fonds dans ces productions.  En 2004, la société PQ Media a comptabilisé 9334 intrusions de marques dans les émissions télévisées américaines, ce qui représente un investissement d’un montant total de 4,25 milliards de dollars. (Marie BÉNILDE : 2008 : 107-110). 

L’histoire récente de la société amazighe, et kabyle en particulier,  témoigne de son intérêt  grandissant à la production et à la reproduction de sa culture,  pour  deux  principales raisons. La première, -la plus importante-, est sa sauvegarde, un processus dans lequel  poètes et écrivains ont joué un rôle primordial.  Écrire en/ ou sur Tamazight, est l’un des principaux sentiers emprunté par plusieurs  pour venir à bout de l’oubli. De La colline oubliée à La traversée, Mouloud MAMMERI et tous ceux qui ont choisi cette voix  se rendent compte que le défi est loin d’être gagné. Dans  l’introduction d’AMAWAl,  ce dernier se montre inquiet quant  à l’avenir de la société à l’orée des changements qui se profilent à l’horizon, à cause du développement des moyens de communication et de l’information. Il souligne la nécessité de s’y adapter (Mouloud MAMMERI : S.D. : 4-6).  Si la plume était la voix pour certains, d’autres, tels que Azzedine Medour et  Bouguermouh Abderahmane, ont préféré  l’écran pour traduire cette problématique, et s’adresser aux masses. Et, oh,  combien était grand, l’enthousiasme des acteurs qui se sont mis au travail, ainsi que la société civile. (Frédérique Devaux Yahi : 2016 : 46).  La deuxième raison, - la moins importante-, est le gain que peut procurer cette activité à la personne, ou à l’entreprise qui l’exerce. Mais, si pour certains  cela constitue une source d’enrichissement et une valorisation de soi, hélas, d’autres échouent.  Au contraire ceci est plutôt la cause d’un dédain, d’un grand mépris que leur témoigne la société, dans le cas, par exemple, des premières chanteuses kabyles à la radio (Hassina KHERDOUCI : 2017: 23-29). La situation est presque similaire pour l’écrit en tamazight ; concernant cet aspect, si le livre a progressé   grâce à l’aide de certains organismes  d’Etat,  le cas de la presse écrite est plus grave tant  son  existence est insignifiante.  Plusieurs initiatives ont été lancées mais la quasi-totalité est en arrêt : sur les 321 publications de presse, toutes périodicités confondues, éditées dernièrement, deux seulement sont en tamazight  (Mohamed BEDREDDINE : 2016 : 64-73). De nos jours, la tradition est toujours perpétuée car la production et la reproduction de cette culture sont une réalité sur le réseau que forment les différents médias. Cependant, le contexte est très différent de celui d’hier car il y a reconnaissance officielle ainsi qu’une forte demande sociale, engendrée du fait que Tamazight est à l’école, et venant également de plusieurs associations de la société civile, sans oublier l’accès des Algériens au réseau des réseaux, l’Internet, qui connaît une production  de contenus dans cette langue. Pour cela, il est plus que nécessaire de nos jours d’accompagner ce phénomène, dans un espace de discussion, formalisé en une ou deux journées d’étude.

Les axes :

Axe 1- L’Etat des lieux chiffrés des entreprises de  production :

Certains organismes  et entreprises dans lesquels se « fabrique »  ce contenu culturel symbolique, ou ceux dont l’une des missions  principales est de le subventionner,  connaissent  la réalité chiffrée de ce phénomène. Ils  sont invités à nous éclairer. Cela nous permettra de bien connaître la dynamique de production, le domaine auquel  la société porte le plus d’intérêt : la production filmique, livresque, musicale, ou autre, les stratégies adoptées par ces organismes.  Des questions d’une importance capitales peuvent être débattues, dans cet axe : les subventions publiques pour la production culturelle amazigh, le service public dans le domaine de la production culturelle. 

Axe 2 - Le contenu des productions.  

Plusieurs thématiques sont abordées dans les produits culturels amazighs diffusés via les médias. Il y a cellesen rapport avec l’histoire de ces sociétés,leurstraditions, leursidentités, le quotidien des gens qui y vivent, etc. Mais ce traitement, comme l’ont montré plusieurs études,est toujours influencé, surtout,par le contexte sociopolitique, culturelet économique. Il serait intéressant de mobiliser les grilles d’analyses  scientifiques pour scruter le contenu de cette  production pour essentiellement tenter de savoir comment cette culture, cette identité ancestrale y est  représentée ? Et si éventuellement le facteur politique,  idéologique et économique a de l’impact sur l’authenticité de cette culture.   

Axe 3 - Les professionnels en activité dans la production et la distribution: profils, formations, genres, référents, langues et langages, traduction.  

Plusieurs acteurs interviennentdans ces deux étapes. Dans celle de la production, chaque membre de l’effectif humain, acteur, réalisateur, technicien et autre, apporte sa touche. Cette dernière est influencée par certaines motivations, convictions, objectifs, des parcours de formation de la personne. Même si certaines,telle que la catégorie des réalisateurs dans le cas de la productionfilmique, peuvent être plus influentes qu’une autre. Il est primordial dans le cas de la production culturelle amazigh, de connaître toutes les particularités de ces acteurs, de savoir comment elles peuvent avoir de l’influence sur toute production. Quant à celui de la distribution, d’autres facteurs interviennent pour faire la promotion et la diffusion du produit qu’il serait judicieux de mettre en lumière.

Axe 4 - Publics et modalités de réception :

Les entreprises médiatiques ont pour cible les publics récepteurs. Ces attitudes constituent un marché dont les contours et variables sont à examiner. Une bonne réception du produit, ses garanties d’attirer les annonceurs qui viendrontinvestir dans leursproductionsfutures, peuvent drainer des fonds d’aide financiers publics destinés aux productions culturelles symboliques. Mais l’aspect économique entre deux acteurs ne résume pas, à lui seul, la relation, car elle va au-delà pour atteindre la problématique de l’influence sur le comportement des individus. Elle se manifestesur plusieurs plans : le langage utilisé par les individus, la construction des opinions sur les questions posées dans les débats publics, l’identité. Il serait capital d’aborder la problématique de la réception, de la production culturelle amazighe diffusée dans les médias, dans tous ses aspects.

 

 Modalités de soumission

La proposition de communication devra comporter 250 à 280 mots. Elle doit contenir un titre, annoncer dans quel axe elle se situe, énoncer une problématique, définir le cadre théorique, décrire la méthodologie suivie, et annoncer

 les premiers résultats si la recherche est en cours, enfin comprendre trois ou quatre mots clés. 

■ Police : Times new Roman, ou Arial. Taille : 12 · ■ L’interligne double.

Les propositions de communication sont à envoyer aux deux adresses email suivantes : hamzaoui.hakim@gmail.com Et bmostefaoui@hotmail.com / : avant le 15 mars 2018.